Les petits secrets de Carlos Franklin

30 Nov 2015
Alianza Francesa Artes Sin categoría

Les petits secrets de Carlos Franklin

L’artiste colombien Carlos Franklin s’est installé en France il y a quelques années. Il a poursuivi ses études au Fresnoy – Studio national des arts contemporains. Un lieu de formation artistique et multimédia, qui permet aux jeunes créateurs de réaliser des œuvres d’art, sous la houlette d’artistes reconnus et sans cloisonnement des moyens d’expression.

Plasticien, Photographe, vidéaste, réalisateur, Carlos Franklin intervient dans différents champs de la création, crée à partir de textes (La Nef des fous de Sébastien Brandt) et  se rapproche de compositeurs (Mutations of Matter, performance audiovisuelle pour cinq voix électroniques et vidéo, créée à l’IRCAM en 2008 en compagnie du jeune compositeur Roque Rivas).

Le détournement de différents matériaux lui permet de réaliser des dessins avec des cheveux (Elégance, 2008), une installation avec de la poussière d’aspirateur (Ruines modernes, 2010). Il révèle, au sens presque photographique du terme,  le palimpseste de traces de corps qui marquent le passage éphémère  de la vie et dont il  n’archive que l’absence, le départ, le vide. Lors de son passage au Guatemala, dans le cadre d’une résidence d’artiste mise ne place par l’Alliance française,  il réalise avec « une malignité ornithologique », des « dessins fécaux »,  à partir de la fiente de pigeon.  Ce projet intitulé Sublimation, permet à l’artiste-artisan-alchimiste de créer lui-même ses encres sublimes, comme s’il transformait un corps solide en gaz. Lors, le dessin de ses sculptures antiques, sous l’incessante coulée des fientes, acquièrent une patine, trouve de nouveaux volumes.

Si l’artiste est à la fois attiré par le dessin et les arts numériques, c’est qu’il y voit « des similarités, un spectre large d’expérimentations », une écriture singulière, une approche sensible du monde et de son interprétation. Le dessin est, en effet, pour Carlos Franklin, tout à la fois « un support et une expérience qui excède les limites de la feuille, un story-board, une notation performative, un répertoire chorégraphique », une  structure visible permettant « de représenter l’invisible ». Ainsi, la série des Napkin Boys sont-ils des portraits découpés dans des feuilles blanches, mais dont la distance née entre la feuille et le mur  révèle l’architecture.

Après les commandes artistiques de l’IRCAM et de l’Institut du Monde arabe, l’artiste réalise à la demande de la société « Les Poissons volants » dirigée par Sophie Goupil, une série de films documentaires permettant d’explorer l’histoire de l’art autrement. La série Les Petits secrets des grands tableaux  présentée en novembre sur Arte, est tout à fait passionnante. Elle permet de revisiter les grands chefs d’œuvres, de l’art médiéval à l’art moderne, en rappelant le contexte socio-politique et culturel de l’époque et quelques éléments-clé de la vie de l’artiste.

Grâce à un travail d’écriture et de création sonore soigné, chaque  œuvre est présentée de manière riche, documentée, ludique et dynamique. Le tableau se décompose, s’anime, dévoile  devant nos yeux sa structure.  Afin de « percer les secrets de l’image et de chercher ce qu’elle raconte d’une ville, d’un pays, d’une époque et d’un artiste », les éléments sur la toile, les couleurs, les gestes et les postures sont interrogés. L’utilisation des techniques d’animation numérique 2D et 3D, permet d’aller au-delà de l’espace  du cadre de l’œuvre pour mieux en révéler les détails.

La Dame au bain, (1571) de François Clouet, Le Martyre de Sainte Apolline (1461) de Jean Fouquet, Une baignade à Asnières (1884) de  Georges Seurat, Les Noces de cana (1563) de Paul Véronèse – film qui vient de recevoir le Medium Film Silver Award au Budapest FIAMP 2015 AVICOM (Comité international des musées pour l’audiovisuel et les technologies de l’image et du son), La Vie mélangée (1907) de Vassily Kandinsky ou encore Femmes d’Alger dans leur appartement (1834)  d’Eugene Delacroix, sont quelques-unes des œuvres faisant l’objet de documentaires réalisés par Carlos Franklin dans ce cadre, et auxquels  Clémentine Célarié, magnifiquement,  prête sa voix.

Marc Sagaert        

                                                                                    

Les Petits secrets des grands tableaux, série documentaire de Carlos Franklin, adaptée par Thomas Cheysson, et racontée par Clémentine Célarié.

Diffusion des dix premiers épisodes sur Arte, chaque dimanche à 12 heures, du 1er novembre 2015 au 3 janvier 2016.

Les lettres françaises – novembre 2015 (supplément à l’Humanité du 12 novembre 2015).